Noël sous les Tropiques

Publié le 29 Novembre 2013

Noël sous les Tropiques

Noël sous les Tropiques… « Oui, et alors ? » me direz-vous, « qu’est-ce que ça change ? » Et bien j’ai envie de vous répondre que, à défaut de tout changer, ça change beaucoup de choses.

Sous « mon tropique » (celui du Capricorne), il fait chaud à Noël et il peut geler en juillet. C’est normal, je vis dans l’hémisphère sud. Mais pour moi qui suis « nordiste », qui ai suivi jusqu’à présent un calendrier liturgique qui colle aux quatre saisons, cet inversement de saison reformule la donne. L’Avent correspond désormais à la saison chaude-humide, la saison des pluies, qui est aussi celle des orages spectaculaires, des personnes qui meurent chaque jour foudroyées, des trombes d’eau qui s’abattent sur la brousse et transforment les pistes en torrents rouges, de celles qui s’abattent sur les villes et transforment les bas quartiers en cuvettes immondes. Et donc les signes des temps prennent une tournure humide et détonante. C’est le cas dans bien d’autres pays et, avec le changement climatique, nous n’aurons pas sitôt fini de nous interroger sur ces fameux signes.

Noël n’est plus synonyme d’un bébé qui vagit dans une étable, réchauffé par un âne et un bœuf, mais d’un bébé porté dans le dos, abrité d’un petit chapeau betsileo pour le protéger du soleil, se balançant au rythme de sa mère sous l’œil absent d’un zébu au repos. Le bébé Jésus dégouline de sueur et ses parents ont plusieurs kilomètres à faire à pied dans la brousse avant de rejoindre leur bicoque au milieu des rizières. Ils espèrent arriver avant la pluie, avant le soir aussi pour voir encore clair et préparer le modeste repas composé de deux mesures de riz et d’un peu de légumes.

Noël sous les Tropiques

À Noël je n’ai plus froid mais je crains l’orage et bientôt les cyclones. Le sapin de Noël me paraît dérisoire, les eucalyptus (ceux qui restent encore sur pied…) le remplaçant avantageusement sans aucun ornement. Les guirlandes sont inutiles car on n’a pas d’électricité. Le chocolat est trop cher et de toute façon il a fondu depuis belle lurette. Donc Noël, ce sera un jour que l’on voudra sortir de l’ordinaire par un bon repas où l’on mangera jusqu’à la moelle des os (pour ceux qui auront de la viande). Pas d’orgie alimentaire à s’en rendre malade, ce privilège est réservé aux riches. Par contre chez d’autres l’alcool sera au rendez-vous, ennemi universel de notre raison et de notre dignité.

L’Évangile s’incarne dans nos regards, nos gestes, nos actions et nos paroles. Notre visage est livre de vie ou gouffre de mensonge. Nos mains sont instruments de réconciliation ou s’agitent sur nos champs de bataille. À nous de choisir. Jusqu’où suivrons-nous l’Enfant ? Dans son étable pour le réchauffer, dans sa brousse pour lui donner à boire, dans sa guerre (en Centrafrique en ce moment les enfants sont tués) pour le protéger ? À quelle boussole vais-je me fier ? Sur quelle route vais-je marcher ? Jusqu’où me laisserai-je dérouter, comme les Rois Mages, dans cette « chasse au trésor » sans autre carte que celle d’un amour qui me dépasse et que j’aimerais à ma façon manifester ?

Je crois en Toi, Christ, Dieu et Homme. Tu es mes racines et mon horizon. Ta route est la mienne, même si parfois j’ai l’impression de te perdre de vue : je pense que tu es devant et il se trouve que tu es derrière, que tu ramasses les pépites de ma vie pour les démultiplier. En même temps tu m’attends là où je ne t’attends pas. Tu m’atteins là où je m’éteins parfois faute d’huile à remettre dans ma lampe. Allons ensemble jusqu’à Toi, jusqu’à Noël.

Rizières autour de Fandriana
Rizières autour de FandrianaRizières autour de Fandriana

Rizières autour de Fandriana

Rédigé par Xénia

Publié dans #Spiritualité

Repost 0
Commenter cet article

Pierre 02/12/2013 20:20

Merci de rendre si proche ce Noël des lointains. Il est tellement plus proche de l’Évangile que ce qu'est devenue cette fête de la divine pauvreté dans nos sociétés engorgées de biens matériels dérisoires. Avec mon affection.

Jacqueline 29/11/2013 22:12

merci pour ces échanges si vrais, si profonds. Mon mari vient de rentrer d'un séjour d'un mois solidaire à Madagascar, pays si attachant et si désarmant;