P. Pedro, apôtre des plus pauvres à Madagascar

Publié le 7 Décembre 2013

La fatalité n’existe pas pour celui qui croit en l’amour.

P. Pedro, apôtre des plus pauvres à Madagascar

Dimanche 1er décembre, premier du temps de l’Avent, j’ai eu la joie d’assister à la messe que le P. Pedro célèbre dans l’un des villages dont il est le fondateur. Son église ? Un vaste hangar recouvert de tôles, tendu de rubans multicolores. Son peuple ? Les plus pauvres qui vivent là, dans le village agrippé aux flancs escarpés d’une des nombreuses collines tananariviennes, route de Tamatave. Mais pas seulement eux : il y a les touristes-visiteurs, bienfaiteurs de toutes nationalités, volontaires, curieux, les gens de passage, les chercheurs de spiritualité enivrés par la présence de ce prêtre charismatique, etc. Bref, une foule nombreuse et bigarrée se tient là, serrée au coude à coude, applaudissant à tour de bras les danses présentées par les élèves au moment de l’action de grâce, se recueillant dans un silence relatif mais sincère pendant le déroulement de la messe. Certains diront qu’une messe du P. Pedro, c’est un show. Pour ma part, j’y ai vu et vécu l’expression spirituelle d’un peuple en mal d’espérance, de personnes de tous âges pour qui se sentir aimées par ce prêtre vaut plus que tous les beaux discours (et homélies !) de la terre.

La messe est bien organisée, simple, festive, tout le monde y trouve sa place, s’y côtoie en grande simplicité. On a envie de chanter et de danser sans plus se demander si c’est socialement correct ou non. On a surtout envie de prier, rejoignant la ferveur et la passion du P. Pedro, toutes deux clairement exprimées aux moments opportuns. Ferveur dans la prière. Passion dans la dénonciation d’un pouvoir politique qui appauvrit le peuple et le laisse sans aucune vivre pour la longue route de l’existence.

Cette belle expérience m’a profondément marquée. À tel point que je suis allée demander sa bénédiction au P. Pedro, recevant simplement ses paroles comme peut-être Élisée désirait s’accrocher au manteau d’Élie, son mentor ! Le manteau d’un mentor, la bénédiction d’un père, voilà quelques jalons solides pour vivre ce temps de l’Avent.

Messe du P. Pedro
Messe du P. PedroMesse du P. Pedro
Messe du P. Pedro

Messe du P. Pedro

Le P. Pedro, prêtre Lazariste dans la Congrégation Saint-Vincent-de-Paul, d’origine slovène, est né en Argentine en 1948. En 1970, il part pour la première fois à Madagascar pour être maçon dans les paroisses lazaristes à Vangaindrano, au sud-est de l’île. En 1975, après une période de formation de trois ans en Europe et après avoir été ordonné prêtre en Argentine, il repart à Madagascar pour être curé à Vangaindrano durant 14 ans.
En 1989, il est choisi comme directeur du scolasticat d’Antananarivo.
Confronté à l’extrême pauvreté et à la misère qui sévissent dans la capitale, il fonde l’Association « Akamasoa » en mai 1989, dans le but de contribuer à la réhabilitation humaine et à la réinsertion économique et sociale des familles déshéritées d’Antananarivo. 


Objectifs spécifiques de l’Association
-    apporter une aide d’urgence temporaire aux personnes démunies
-    accompagner le retour des familles sans travail dans leur ville ou village natal
-    construire des logements familiaux pour les sans-abris
-    scolariser les enfants du primaire au lycée
-    fournir des soins de santé
-    conduire à l’emploi par les activités de l’association et à l’extérieur
-    assurer une formation professionnelle
-    faire accéder à nos services tous les pauvres des villages alentours.

Un des villages construit pour les plus pauvre. Dortoir où son accueillis les personnes âgées.
Un des villages construit pour les plus pauvre. Dortoir où son accueillis les personnes âgées.

Un des villages construit pour les plus pauvre. Dortoir où son accueillis les personnes âgées.

Depuis 2011, rien n’a changé dans le pays. À Akamasoa, nous nous sommes attaqués, comme nous le faisons depuis des années et avec beaucoup de difficultés, à changer la mentalité de nos frères et sœurs ! Il a fallu ensuite responsabiliser les gens, surtout les adultes et les jeunes qui s’engagent dans leur quartier, leur village et leur pays. Avec des hauts et des bas nous avançons grâce à l’aide et confiance de personnes de bonne volonté.

La situation à Madagascar se dégrade et on peut lire dans n’importe quel quotidien tous les drames, les vols et les meurtres qui se produisent chaque jour dans la capitale mais aussi dans les campagnes réputées pourtant pour encore garder les traditions des ancêtres. Nous devons nous demander comment et pourquoi nous en sommes arrivés là. Quelle est la vraie cause de cette situation chaotique et violente en contradiction avec la culture du fihavanana et de paix du peuple malagasy ?

Une des raisons c’est qu’on évite souvent de parler des problèmes. Les gens passent leur temps à se louer les uns les autres, sans jamais se dire la vérité. À long terme, cela provoque la désintégration de toute la société. Personne n’a jamais rien construit sur le mensonge : « la vérité vous rendra libres » nous a dit Jésus.

Depuis l’Indépendance, presque tous les dirigeants qui se sont succédés se sont rués sur l’argent, pas en tant que moyen mais comme un but qu’il faut atteindre à tout prix.

Aujourd’hui, il y a tellement de jeunes qui veulent progresser, étudier, trouver un travail : c’est un rêve impossible à réaliser. Les dirigeants de ce pays n’ont pas vu venir cette incroyable augmentation de la population qui a triplé en l’espace de 40 ans !
Gouverner, c’est aussi savoir prévoir et e dans tous les pays du monde. Et ici, à Madagascar, rien n’a été prévu pour ces enfants et ces jeunes. Cette situation a engendré une mentalité individualiste où c’est toujours le plus fort et le plus rusé qui progresse tout en trompant ses frères.

Seule l’organisation effective d’un Etat de droit qui veille sur la justice et la sécurité des personnes et des biens et qui applique la loi pour tous peut construire un avenir pour ses citoyens.

Nous cherchons l’espérance et l’optimisme dans l’évangile, dans la foi, dans les visages souriants de nos milliers d’enfants scolarisés, dans le regard des pauvres mères, des familles abandonnées et de tant de personnes âgées qui veulent finir leur jour dans la paix. C’est en eux que nous trouvons l’espérance, la force et la volonté de lutter pour le bien commun de tous.

Forts de notre expérience de travail au quotidien parmi les plus pauvres, nous devons continuer à relever les défis de la pauvreté et de la misère qui ont leur cause dans l’égoïsme, l’ignorance, la corruption, le laisser-aller et le profit immédiat. Il n’est jamais facile d’aider les plus démunis et les exclus d’une société qui ont perdu confiance en eux-mêmes, à se sortir de leur condition. Néanmoins, avec la conviction que la vie est un don de Dieu pour servir une cause commune, nous devons vaincre le pessimisme pour nous projeter dans l’action juste et solidaire pour sortir nos frères de cette prison qui les enferme dans une vie dramatique et inhumaine.

Face à l’indifférence des responsables politiques et au laisser-aller de la plus grande partie de la population, nous devons créer des « oasis » d’espérance pour dire aux jeunes générations que la pauvreté n’est pas une fatalité et qu’il n’y a aucune force invisible qui empêcherait l’être humain de sortir de son carcan, de son petit monde égoïste et de sa peur paralysante.


La fatalité n’existe pas pour celui qui croit en l’amour, à la fraternité et au partage.

P. Pedro Opeka, décembre 2013

Rédigé par Xénia

Publié dans #MADAGASCAR

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hector hajjar 01/01/2014 17:23

Bonjour P.Pedro,
je suis tellement touché par le contexte de vie à Madagascar et je souhaite qu 'on peut faire quelque chose ensemble . Je suis Libanais et je souhaite visiter et vivre quelques jours votre expérience.