Année nouvelle, nouveaux projets, nouveau regard

Publié le 11 Janvier 2014

Année nouvelle, nouveaux projets, nouveau regard… Je suis entrée en résistance ! Pourtant je continue « comme avant » mes cours de français et mes sessions pédagogiques. Oui, je continue, mais différemment : j’y distille désormais des notions que certains qualifieront de « à la mode » car j’y parle d’estime de soi, d'émerveillement, je glisse quelques notions de communication non violente, bref, je positive ! Du bla-bla ? Pas si sûr ! L’expérience faite cette semaine m’a prouvé le contraire. D'abord, je dois avouer que cela me rend forte et joyeuse. Déjà, un bon point n’est-ce pas ? Car un travail qui ne procure aucun contentement, quelle tristesse ! Ensuite, cette force et cette joie sont facilement communicables aux apprenantes. Cette semaine à Fandriana, nous avons commencé par apprendre "la ballade des gens heureux". Merci à Gérard Lenorman ! Les enseignantes ont adoré et en ont fait leur hymne : elles le chantent désormais tous les jours ! Certaines l’ont mise dans leur téléphone portable.

Ensuite j'ai pris comme fils conducteur de cette session Nelson Mandela, sa vie, l'Afrique du Sud, l'apartheid, la réconciliation et le film Invictus. Avec 1h d'électricité chaque matin, nous l'avons vu en trois fois et ce fut pour elles un "événement" ! La dernière séance nous a libérées d’un suspens haletant : les springbox allaient-ils finalement remporter la finale de la coupe du monde de rugby, finale qu’ils jouaient chez eux, en Afrique du Sud en 1995 ? Nous avons encouragé cette équipe, nous avons exprimé notre espoir de la voir remporter la victoire, une victoire qui allait sceller un processus de réconciliation au sein de la nation sud-africaine. Le défi était énorme, la victoire semblait improbable face aux « all black » et à leur haka si intimidant. Et pourtant… Portés par une folle espérance, portés par la foi d’un homme et celle d’un pays, les joueurs ont réussi ce pari immense : ils ont remporté la coupe ! Quelle joie !

Cette session nous a fait prendre conscience ensemble que l’on peut aussi facilement se communiquer de la force et de la joie que du désespoir et de la résignation. Le témoignage et l’exemple de personnes (célèbres ou non) qui ont combattu pour une cause juste redonnent espoir en profondeur et renouvellent le regard.

Nous n’avons cessé de répéter la devise de Mandela :

I am the master of my fate, I am the captain of my soul :

"Je suis le maître de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme"

(vers extraits du poème Invictus de William Ernest Henley que Mandela se récitait en prison)

Les enseignantes de Fandriana (école primaire des Carmélites de St-Joseph)

Les enseignantes de Fandriana (école primaire des Carmélites de St-Joseph)

Et puis cette session nous a donné l’occasion de réviser un peu la géographie, de nous intéresser à un autre peuple, une autre histoire que celle du peuple malgache, d’aiguiser notre curiosité et de consolider notre culture générale.

En vérité, pour dire les choses franchement, j’ai constaté que les Malgaches avec lesquels j’ai travaillé jusqu’à présent (instituteurs en primaire, titulaires d’un baccalauréat) possèdent très peu de culture générale. Ils ignorent tout de ce qui se passe en-dehors de leur pays, ils ne savent pas faire la différence entre un pays, un continent ou une ville… Je trouve cela assez dramatique pour des enseignants. Le niveau d’instruction est très faible. L’apprentissage, basé sur la répétition (jusqu’à la fac !) ne permet pas d’acquérir des connaissances personnelles, tout reste extérieur, rien n’est intériorisé.

Autre défi : comment éveiller leur curiosité ? Comment les inviter à vouloir découvrir par eux-mêmes des choses nouvelles ? Le manque de moyens (pas d’internet, pas de livres) serait-il seul en cause ? Si l’esprit est en éveil, ne se donne t-on pas les moyens de le nourrir ? J’ai parfois l’impression de me trouver devant un peuple endormi. D’ailleurs, sur 8 participantes, seule une moitié participe activement à la session : les autres sont totalement passives, comme absentes et ne parlent que si je les interroge. Elles se refusent toute spontanéité, réfugiées en elles-mêmes, dans leur petit monde sécurisé. Même leur regard est en veille ! Combien de trésor de patience faut-il déployer pour rester « zen » face à ce que je considère comme de l’apathie. Force d’inertie, la pire, violence silencieuse, venin de l’ignorance. Je constate que leur peur commune a dressé un mur, celui du mutisme, qui nous sépare aussi sûrement que le mur de Berlin ! Mes tentatives de communication s’avèrent alors tellement fastidieuses, cela me prend une telle énergie !

Il nous fallait donc bien cela, la force d’un Mandela pour communier à une victoire que nous avons faite nôtre, au-delà des silences et de l’apparente résignation de ces femmes mutiques, apeurées sans aucun doute, prudentes certainement pour ne pas « perdre la face » selon le code de conduite malgache…

Bref, comme vous l’avez compris, une session de français ici, c’est un combat qui dépasse la dimension linguistique ! Alors, tout cela pour dire que l’estime de soi et l’émerveillement ne seront jamais de trop dans nos échanges, quelle qu’en soit la nature.

Rédigé par Xénia

Publié dans #MADAGASCAR

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article