Des prisonniers qui brodent

Publié le 17 Février 2014

Des prisonniers qui brodent

Dimanche matin, avec Sr Agnès, italienne, de la communauté des Sœurs de l’Évangile, je me dirige vers la prison d’Antsirabe pour la messe de 8h30 avec les détenus. Les sœurs connaissent bien cet établissement, elles y interviennent depuis de nombreuses années pour offrir aux prisonnier des temps de lecture biblique, mais pas seulement : elles leur propose du travail, et pas n’importe quel travail, un travail de précision qui demande concentration et persévérance. Ce travail, c’est de la broderie !

La messe est célébrée par les pères Trinitaires, elle est animée aujourd’hui par les mineurs détenus ici. Ils sont 9 au total, entre 16 et 18 ans. Ils chantent de tout leur cœur. Ils ont préparé la prière universelle.

Nous sommes passées par le « côté femme » avant de venir ici, « côté homme », où se trouve la chapelle. Les femmes sont au nombre d’environ 70, avec leurs enfants… Promiscuité, bien sûr. Celles qui viennent à la messe (une vingtaine) sont sur leur 31 : maquillées, bien habillées, tailleurs et hauts talons pour certaines, je n’arrive pas à croire qu’elle sorte de leur « chambrée » où elles s’entassent à 40, sur des châlits de bois. La toilette se fait sans intimité dans la minuscule cour commune, dans les odeurs de WC. Côté hommes, ils sont 400 répartis en 3 chambrées (une de 200 et 2 de 100).


Après la messe, deux détenus qui se présentent comme « directeur de l’école pénitentiaire » et « président de la paroisse » nous font visiter la prison. Il faut mentionner le fait que je suis entrée avec les sœurs sans subir aucune vérification de papier ni fouille ! Donc, la visite nous emmène dans ce petit espace de la prison où l’on vit les uns sur les autres. On nous dit que la prison d’Antsirabe est la meilleure sur l’Île car c’est celle où il y a le moins de violence. De fait, nous ne ressentons aucune tension, plutôt une ambiance de compromis entre ces hommes qui sont soit en attente de jugement ou déjà jugés pour plusieurs années.

Je découvre que la chapelle a été rénovée grâce au Rotary de ma ville d'Auxerre....Je découvre que la chapelle a été rénovée grâce au Rotary de ma ville d'Auxerre....

Je découvre que la chapelle a été rénovée grâce au Rotary de ma ville d'Auxerre....

Au cours de la visite, nous constatons que de nombreux prisonniers ont leur broderie en main : ils ne peuvent travailler que dans la cour, l’intérieur des chambrées étant trop sombre. Sr Agnès me dit qu’ils sont 120 à broder chez les hommes (plus d’un quart des prisonniers !) et une vingtaine de femmes. Sr Agnès les a formés et ils font désormais du travail de qualité. Les broderies sont cousues ensuite dans un atelier chez les sœurs sur des trousses, des sacs, des cartes, etc. Le travail est magnifique ! « Au début, raconte Sr Agnès avec son bel accent italien, je ne voulais travailler qu’avec les femmes. Cela me semblait déshonorant de proposer ce travail à des hommes. Mais ils n’ont aucune occupation et, en plus, ils ont besoin d’argent, alors ils ont insisté pour que je les forme. Aujourd’hui, ils sont plus motivés et travaillent mieux que les femmes. Certains, les plus doués, sont devenus formateurs pour les nouveaux. »
C’est une activité qui, non seulement leur permet d’apprendre quelque chose de nouveau, mais qui leur procure un peu d’argent (environ 70 cts d’€ le petit carré de broderie, ce qui est un bon prix !)

Des prisonniers qui brodent
Des prisonniers qui brodentDes prisonniers qui brodent
Des prisonniers qui brodent

Des prisonniers qui brodent

J’ai mentionné l’école : plus de la moitié des prisonniers sont analphabètes ou ont un niveau très bas d’étude (les premières classes de primaire). C’est pour cette raison que quelques détenus diplômés, indemnisés par les sœurs, font des cours pour préparer ces hommes à l’examen de primaire, appelé CEG (niveau CM2) ou au BEPC. C’est ainsi que des personnes de 20 à 50 ans passent le CEG chaque année avec succès. Quelques-uns, mais ils sont moins nombreux, arrivent à décrocher le BEPC. Ils vont passer l’examen dans des écoles d’état en juillet.

Un petit marché improvisé au milieu de la cour permet aux détenus qui en ont les moyens d’acheter un peu de nourriture en plus du manioc quotidien. Les familles aident les prisonniers pour la nourriture.

Une belle ambiance, inattendue en milieu carcéral. Sr Agnès va vérifier le travail de chacun une fois par semaine et elle achète les plus belles broderies. Les moins méticuleux devront recommencer s’ils veulent recevoir leur salaire !

L'école (3 classes) et la cuisine extérieure (avec fours à bois sur mesure !)L'école (3 classes) et la cuisine extérieure (avec fours à bois sur mesure !)

L'école (3 classes) et la cuisine extérieure (avec fours à bois sur mesure !)

Rédigé par Xénia

Publié dans #MADAGASCAR

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Commenter cet article

roncio 17/02/2014 21:36

Mais ou sont passés les gardiens? Font-ils également de la broderie pour arrondir leur salaire? Le mirador est-il décoré avec les broderies invendables?
Bravo pour ton article. J'ai envie de transmettre le lien pour les aumôniers de prisons, afin de voir si ce ne serait une belle idée, pour les hommes de broder. Le puis-je?

Zab Créative 17/02/2014 10:16

Merci pour ce partage ! C'est très émouvant ! Peut-être as-tu des photos des broderies réalisées et des articles finalisés par les soeurs ! Gros bisous à toi, on pense à toi même si je ne me manifeste pas souvent !

de Rancourt 17/02/2014 09:27

impressionnant... avec espoir, h.