Norge. Poésie

Publié le 3 Mars 2015

Les oignons

Si les oignons font pleurer, c'est à cause du respect humain. Dans l'ancien temps, les oignons faisaient rire et chacun es respirait, afin de trouver la gaîté. Un sage blâma ce rire dénué de fondement et les oignons en furent humiliés. Ils comprirent que les larmes seules sont tolérables sans motif.

 

La brebis galeuse

Justement la plus belle brebis devint galeuse. Comme c’était la plus belle, on aima bien cette gale et d’autres brebis voulurent devenir galeuses. Une seule brebis demeura sans gale. Eh bien, on lui tint rigueur, on la mit à l’écart. Et on la nomma la brebis galeuse.

Norge. Poésie

La fraise des bois

Aubin cueillait des fraises dans les bois. – Baste, une femme nue, dit-il tout à coup. C’est ici que ça pousse ; je me demandais bien. Elle venait à lui, souriante et légère. Ils eurent beaucoup d’enfants et Aubin dut trimer comme un nègre

Le ciel

Jamais vu le ciel, cet enfant élevé au fond de la mine. Pas de saisons, pas de soleil. La beauté du charbon et la beauté des lampes, la beauté des visages, oui. Mais le ciel ; jamais vu, jamais vu. Les arbres, les oiseaux, n’en parlons même pas. Et toi, tu as vu le ciel, toi ?

Le travail

On répara le tonneau et les Danaïdes furent bien attrapées. Il leur vint d’ailleurs une mauvaise graisse et cela fit peine à voir. Sisyphe n’en revenait pas. Pourvu que mon rocher continue, pensait-il. Ah, ceux qui ont la vocation du travail, ça leur paraît tout drôle quand la besogne est faite.

 

Une question

La servante aux douces hanches était debout dans la grâce d’exister. Elle ressemblait à une jarre. Oui, ses hanches, son cou, ses cuisses, ressemblaient à une jarre. Et pour la fraicheur et pour les courbes. Ses cheveux étaient un poids d’ombre et d’odeurs, une jeune forêt sans doute, et cachant quels oiseaux ? On rêvait. Par un certain détour on pensait : que peut un homme ?

 

L’attente

Les années passaient. Auguste ne voyait rien venir. Les saisons allaient leur bonhomme de train, et la main sur les yeux, Auguste l’attentif, guettait leurs longs cortèges. Sable des nuits, vents et marées, jus dans les vignes, Auguste et son attente. Il ne voyait rien venir. Mais au fond, dit Auguste, un soir de canicule, au fond, qu’est-ce que j’attends ?

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Le semeur

Il jeta toutes ses graines, sauf la dernière. La terre les recevait dans sa grande lèvre de chaleur et d’humidité. La dernière graine, il la tenait au creux de sa main. La terre ne l’aurait pas tout de suite. C’est si bon, disait-il, de tenir une petite forêt dans le creux de sa main.

Autre chose

L’odeur du buis le fait penser aux poires mûres, cette valse à son amour pour Hélène. La mer, la mer le fait penser à l’infini, ce lac si calme, à la longueur du temps. Le ciel des nuits d’été, ça va de soi, le fait penser à Dieu. Pourquoi les choses font-elles toujours penser à autre chose ?

Norge. Poésie

Les crocodiles

Non, avec une mâchoire comme ça, on n’est pas le frère des petits moutons. Des dents pareilles, ça doit forcément vous donner des idées. J’ai connu un crocodile herbivore. Un jour il mangea un quart d’éléphant et un demi-cornac. Il ne s’en était même pas aperçu. C’était pas lui, c’était ses dents.

Le torrent

Cette jeune fille-là voulait se marier avec un torrent. Mais voyons, grondait son père, tu es folle, Clarisse, on n’épouse pas un torrent ! C’est bon, c’est bon, l’épouser, l’épouser pas, mais on peut l’aimer n’est-ce pas ? D’ailleurs, c’est déjà fait. – Un peu plus tard, Clarisse accoucha d’une petite source, la plus charmante du monde.

Par les cornes

Faut prendre le taureau par les cornes, qu’on dit. Et c’est encore assez facile : un peu de chatouille au menton, un mot gentil, une caresse au bout du nez… C’est bien plus difficile de charmer un ver de terre. Clin d’œil, caresse et chanson, peu lui chaut. Ça ne servirait à rien, dites-vous, de charmer un ver de terre. D’accord, mais prendre un taureau par les cornes, ça sert à quoi ?

 

Les autres

Nous sommes, vous et moi, des personnes qui n’ont jamais tort. Quelle vertu ! Et la peine qu’il faut se donner ! Oh la la ! Mais le plus dur, c’est encore de faire comprendre ça aux autres.

 

Boum

Je dis boum et tu dis boum boum. Je réponds boum boum boum, car je veux boumer plus boum que toi. Ça reboum de plus en plus fort, et c’est ainsi que commencent les grands empires. C’est ainsi que les grands empires finissent. Et d’ailleurs que, boum, ils recommencent. 

Rédigé par Xénia

Publié dans #Art-Poésie

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Françoise974 07/03/2015 09:31

Oh ! j'aime beaucoup ! Merci !

Lili de Visconti 04/03/2015 08:02

J'adore aussi ! je recopie Boum, Merci Christelle

Anissa 03/03/2015 18:14

J'ADORE !!!! Merci encore et encore pour cette belle lucarne par laquelle tu nous fais percevoir le monde. Qu'il est beau !!!