Le kasàlà, poésie d'autolouange

Publié le 25 Avril 2016

Le kasàlà est un art oral africain appelé « poésie d’autolouange déclamée ».  Enrichi par l’écriture grâce à Jean Kabuta, professeur de linguistique africaine, cet exercice, qui se pratique en groupe, est désormais proposé comme une  « école d’émerveillement » par son auteur pour toutes les personnes désirant mieux se connaître et souder le groupe (familial, amical, professionnel, etc.) auquel elles appartiennent.

Non seulement le kasàlà rend possible la reconnexion à l’autre et à soi, mais le travail qu’il exige s’apparente à la méditation et cet effort d’introspection qui conduit à une meilleure connaissance de soi et, par voie de conséquence, à l’éveil de soi.

Extraits de l'interview du prof. Jean Kabuta

C’est un art

C’est l’art de s’émerveiller, l’art de dire les bonnes nouvelles, l’art de la célébration de la vie, l’art de dire la beauté et la force de l’être, de cultiver des fleurs plutôt que de passer son temps à arracher des mauvaises herbes. C’est l’art du lien avec l’autre, l’environnement, avec la vie et avec soi-même.

C’est une révélation

C’est la révélation de l’être : percevoir la vérité cachée en soi et chez les autres, aller chercher les richesses enfouies au fond de l’être et les révéler à la communauté et à la personne elle-même car on ne sait pas toujours qui est présent en soi.

C’est le travail d’être humain

Le kasàlà est le véhicule par excellence de l’ubuntu, de l’art d’être humain (Concept de l’ubuntu : une définition commune en donne pour sens « la qualité inhérente au fait d'être une personne parmi d'autres personnes ». Le terme ubuntu est souvent lié au proverbe « Umuntu ngumuntu ngabantu » signifiant approximativement : « Je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes », ou d'une manière plus littérale : « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ». En d'autres termes, l'idée d'ubuntu est celle d'une incitation réciproque, d'un partage qui construit mutuellement les êtres. Wikipedia)

Être humain, c’est chaque jour être plus humain que la veille. C’est un travail difficile qui demande une incarnation de tout instant. Il demande de ne pas éluder la souffrance mais d’en faire un tremplin, de faire en sorte qu’elle nous projette au-delà de nous-même. C’est la posture que le pratiquant de kasàlà adopte dans la vie : il est présent, il agit.

« De la présence à l’action » : telle est la devise de l’ONG Kasàlà à Kinshasa. On ne se contente pas de faire des louanges, mais on est dans l’action. Le kasàlà est un outil de développement inspiré par l’Afrique.

C’est le moment où on s’arrête

Je n’ai pas encore atteint mon but et je ne l’atteindrai jamais. Ce qui est important, c’est que je suis en chemin. La vie consiste pour moi à marcher et quelque fois à s’arrêter pour que mon âme me rejoigne.

Le kasàlà est le moment où on s’arrête, où on se reconstruit, où l’on reprend des forces pour continuer à aller toujours vers l’horizon et, à un moment donné, de nouvelles perspectives apparaissent.

Vive le kasàlà, c’est une philosophie, c’est une manière d’être au monde, c’est une posture. C’est la raison pour laquelle c’est extrêmement difficile parce que ça demande une cohérence de chaque instant.

Nous sommes invités à devenir un livre que même un analphabète peut lire, c’est-à-dire à être à tel point dans la cohérence que le corps dit ce qu’on porte.

C’est une démarche particulière d’inspiration africaine et qui permet à l’homme d’Afrique de contribuer à la construction de l’humanité, à celle de l’homme.

C’est un instrument de paix dans la mesure où je me révèle, où vous vous révélez, nous avons l’occasion de nous connaître dans ce que nous avons de meilleur. Dans ces conditions-là, il n’est plus possible de développer des préjugés. On se perçoit et on se rencontre. Il permet de mieux se connaître, mieux vivre et être ensemble. On peut conjuguer récit de vie et kasàlà pour amener l’homme à cette authenticité. On s’exerce à faire la louange de celui qu’on n’aime pas, à reconnaître chez « l’ennemi » ses forces et ses qualités : c’est pourquoi c’est le véhicule par excellence de la paix. Lorsqu’on le pratique, on sent effectivement la paix parce qu’on se rencontre soi-même et on rencontre l’autre.

Cette philosophie de vie est un joyau que l’Afrique nous offre.

On peut faire le kasàlà à l’occasion de multiples rencontres, fêtes, mariages, deuils, anniversaires… Il a aussi un caractère transculturel.

Rédigé par Xénia

Publié dans #Art-Poésie

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Commenter cet article

Pierre 05/05/2016 22:46

Merci de me faire découvrir le professeur Jean Kabuta. Impressionnant.

Lepage 26/04/2016 10:12

Cela nous permet de vivre la Miséricorde en verité et en acte. Loiuange et gloire au Cré