En un tour de lac (de Saint-Agnan)

Publié le 18 Juin 2012

Lors de mon séjour au monastère de la Pierre-qui-Vire (que je vous recommande !), comme sous le coup d’une impulsion solaire, j’ai entrepris de « faire le tour du lac comme on fait le tour de la question. » Le lac. Le petit lac, tout en retenue, timide, caché en Morvan comme un bijou niché au creux d’une délicate poitrine de jeune fille, pièce unique et limpide aux couleurs changeantes, aux reflets mystérieux. Le lac m’a ouvert son cœur et m’a déclaré sa flamme : noces d’eaux sur mélodie de vaguelettes, temps du ressac. Attentive à sa déclaration, je l’ai scruté avec défi, observant patiemment son petit manège séducteur. J’ai fini par me laisser envoûter : les paillettes d’argent étincelantes qui émaillent la surface m’ont fait de l’œil tout l’après-midi. Dur de résister à un tel déploiement de lumière ! Une rivière de diamants éphémères pour moi seule – les promeneurs étant fort rares en cette mi-juin – imaginez ma joie ! Tout en gratuité dans le don et l’accueil, j’ai joué à cache-cache avec le lac, entre feuillus et résineux, entre chemins et rochers, entre ciel et terre. Le lac est le miroir du ciel. Le vol des oiseaux s’y reflète, la cime des arbres s’y perd, les nuages y voguent nonchalamment. Petit monde clapotant à l’envers du regard, à l’envers du décor, la surface des eaux tantôt claires et accueillantes, tantôt sombres et inquiétantes, me renvoie l’appel de cette saison indécise. Il n’y a pas à choisir. Il y a à accueillir. Pluie, soleil, vent, brume, grêle, orage, tout en vrac, tout à trac, se bousculent, se chamaillent tel de sales gosses : « c’est mon tour ! non, t’es déjà passé, c’est à moi ! »

St Agan


Puis vient le moment favorable où eaux d’en haut et eaux d’en bas, où ciel et lac se nouent finalement pour former un unique lieu matriciel d’où nous pouvons renaître, car il est dit que nous devons renaître d’en haut – et pour cela nous avons besoin de l’en bas – que nous devons renaître d’eau – et pour cela nous avons besoin d’esprit. Arrêtée en cet instant au bord du lac, plongée dans son regard limpide, je vérifie que renaître est donc bien cette rencontre de hauteur, de profondeur, de largeur de vue pour plus de VIE. Rencontre du rocher et de l’argile, rencontre de l’épine et de la feuille, rencontre du vivant et du mourant. Rencontre du moi avec l’ailleurs ouvert par ces vents et ces pluies obstinés, ce moi pacifié dans le silence de fin murmure quand vient la lumière sans ombre. Les grandes eaux ont fait en moi leur œuvre, je peux vivre sur la terre. Ciel et lac me portent, m’enfantent à cette vie terrestre. L’esprit me plante en terre. Il ne s’agit pas de planer, il s’agit de bosser maintenant !

 

Notice : le lac de Saint-Agnan se trouve dans le département de la Nièvre. « Parmi les derniers-nés des grands « réservoirs » du Morvan (1970), ce lac se distingue cependant des autres par sa vocation : assurer l’alimentation en eau potable d’une trentaine de communes. Aménagée sur le Trinquelin, la digue, qui utilise un verrou naturel, a été réalisée en arène granitique prélevée dans la vallée. Elle retient un plan d’eau d’une superficie de 140 ha, à niveau constant, aménagé pour la pêche. Ses eaux sont riches en brochets, carpes, perches et tanches. » (Parc naturel régional du Morvan - Guides Gallimard)

 

Le lac vu du ciel 

 

Parc naturel régional du Morvan

 

De belles photos sur "Ruralité", le site d'un amoureux de la nature

 

Laissez-vous étonner par ces évocations picturales et sonores : Machina perceptionis

 

Xénia

Rédigé par Xénia

Publié dans #Journal

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Xavier C 30/07/2012 16:43


je crois que je ne t'avais pas encore dit combien j'aime ton texte sur le lac de
Saint-Aignan. Non seulement il est plein de charme , mais ta capacité à ressentir toutes les sensations de tous les sens au contact de la nature et à les noter avec finesse et précision est
vraiment merveilleuse. Je le pense d'autant plus que cette précision passe par la poésie et des métaphores pleines de sens. Tu as un vrai don, Christelle, et pour ressentir et pour exprimer .
Le "dix-septiémiste" que je suis est frappé par ta proximité, probablement inconsciente, j'imagine, avec les poètes baroques, si sensibles aux échanges entre l'eau et le ciel. Tu aurais peut-être
plaisir à lire Saint-Amant, Théophile de Viau ou Tristan.

David-Marie 27/06/2012 07:02


Chère Christelle, ton récit sur ce lac du Morvan est magnifique. Cela me rappelle mes deux merveilleuses retraites à l'abbaye de la Pierre-qui-Vire lorsque j'étais catéchumène (en avril 2010 puis
en 2011 juste avant mon baptême).


Je t'embrasse affectueusement. Que la paix du Christ soit toujours dans ton cœur.


David-Marie

YOLANDE 19/06/2012 22:52


Dire que je ne compte plus les fois où je suis allée à la Pierre qui Vire, j'en ai bien sûr profité à chaque fois pour saluer le Trinquelin (petit torrent qui traverse le monastère)... sans
jamais aller voir le lac de St Aignan qui est à côté !


c'est ainsi ...


merci de nous partager cette joie !

Chamard-Bois Pierre 19/06/2012 16:35


Merci Christelle pour cette méditation qui célèbre les noces du ciel et de la terre dans ce temps de l'attente qui prend le rythme des jours comme ils viennent.


Je me demande combien de km il t'a fallu marcher pour arriver à polir des mots de coeur et d'eau.


Pierre

Dette Daguin 19/06/2012 11:26


Quelle plume précise et évocatrice, qui nous donne envie aussi de vivre une telle expérience...


Bises


 


BD