Faisons le tissu et l’habit renaîtra !

Publié le 10 Mai 2012

Faisons le tissu et l’habit renaîtra !

 

À tous les coins de rue, les citoyens perspicaces disent entre eux : « les institutions sont en crise ». En effet, qu’elles soient politiques, syndicales, culturelles, religieuses, toutes sont malades et certaines déjà glissent vers la tombe.

 

Locales, nationales, européennes, mondiales, toutes les institutions ont besoin d’un nouveau souffle, d’un véritable ajustement, ou d’une totale refonte. En attendant elles ont perdu vivacité et couleurs ; indolentes, elles somnolent dans l’inconsistance du flou où elles tentent de se refaire une santé. Elles piétinent dans le brouillard, car elles ne savent pas encore sur quels faisceaux de valeurs se greffer et donc quelle direction prendre.

 

En quelques décennies, le progrès des sciences, l’accroissement et le brassage des populations, les affrontements idéologiques et les luttes armées, le « rétrécissement » des distances et les dépressions économiques, les évolutions culturelles et les images de l’instant, ont modelé de nouvelles manières de vivre ensemble, de penser, d’agir, de fonder de réelles solidarités nationales ou internationales.

 

Les enfants voyagent, les adolescents voyagent, les étudiants voyagent, les adultes voyagent, les retraités voyagent. Qui ne voyage pas ? Même les affamés malchanceux des pays en situation de déshérence tentent de se déplacer pour survivre. Seuls les habitants confinés dans la précarité sont trop pauvres pour tenter une migration sociale ; les enfermés du « communautarisme » au bord des grandes agglomérations sont pour le moment rivés à leurs ghettos. Cela durera-t-il encore longtemps ?

 

Dans des décennies, voire des siècles, évolutions et révolutions politiques, ébranlements et brassages culturels, intégrisme et progressisme religieux, engendreront peut-être une société de type mondial qui aura eu l’audace de se donner des institutions-qui-instituent, des relations sociales heureuses qui relient.

 

Existeront alors, jusqu’à une autre cassure culturelle, des échanges paisibles entre les personnes d’une part et les communautés d’autre part. Pour un temps elles vivront en bonne intelligence et jouiront ensemble de la grandeur humaine.

 

Depuis quelques années, aujourd’hui et sans doute encore demain, les « structures » ne répondent plus au besoin des individus et des groupes. L’inconfort est grand, le malaise profond. La tentation de trouver rapidement une solution pour sauver sa « petite » peau hante les consciences.

 

Dans tous les domaines de la société chacun cherche son salut individuel. De cette manière l’angoisse s’ajoute à l’effroi. Tout devient difficile et onéreux, tandis que des pans entiers de la civilisation vacillent et s’effondrent, laissant des béances pour de nouvelles constructions.

 

Pour évoquer seulement le domaine ecclésial, que je connais le mieux, il me semble qu’il est bon de ne rien chambouler mais de partir avec opiniâtreté et audace de ce que chaque chrétien confessant peut susciter simplement autour de lui, dans un monde qui se passe allégrement de Dieu.

 

Démobilisé par la peur,

 

en cherchant une « solution-miracle-particulière »,

en niant la fécondité du « petit peu » basique, genèse des recommencements,

en goûtant à tout ce qui passe, sans s’engager dans le petit peu fécond qui est à portée de main,

en errant de ci, de là au gré des fringales sociales, culturelles ou religieuses,

en s’inventant de mythiques barques de sauvetage,

en se cramponnant à des débris du passé, teintés de fausses couleurs de la modernité,

 

l’individu reste dans l’isolement. Il ne refait pas un tissu conjonctif riche pour un développement futur

 

Alors que faire ?

nommer la crise des institutions ecclésiales, la préciser,

fuir la panique et accepter l’inconfort,

aimer la jachère et le temps où se refait la richesse du sol,

se réjouir du flou qui permet l’audace des genèses,

ne pas attendre de solutions dégoulinant d’en haut,

chercher alentour des alternatives simples,

rejeter le rêve et rester dans le domaine du possible,

trouver des solidarités créatrices dans la proximité,

inventer à quelques-uns des démarches audacieuses,

refuser de bâtir des institutions dévoreuses d’énergie,

tâtonner dans la précarité.

 

Demain est déjà là,

 

semer en espérant raisonnablement les germinations,

prendre le risque du provisoire en payant de sa personne,

calculer les coûts en fonction des moyens disponibles,

agir dans la discrétion mais en bannissant le secret,

sauvegarder la communion comme un bien primordial,

commencer dans l’immédiateté des liens culturels,

s’ouvrir à l’hospitalité domestique,

dialoguer avec ceux qui ne partagent pas la foi au Christ,

accepter avec cœur de durer dans la patience,

discerner en communauté les signes de l’Esprit,

méditer ensemble dans la foi cette parole de Jésus : « Détruisez ce temple, je le rebâtirai en trois jours »

mettre en valeur symboles nouveaux et paraboles actuelles,

célébrer avec assiduité même en petit nombre.

 

Quand le « petit reste » revint d’exil, il n’imaginait pas tout ce qu’il faudrait édifier plus tard. Les uns et les autres, pèlerins de l’Espérance, le cœur gonflé de joie et de courage marchaient ensemble vers Jérusalem détruite… pour la rénover.

Cela leur suffisait.                                                                            Christian Montfalcon

 

Autre texte de Christian Montfalcon : le chrétien

Rédigé par Xénia

Publié dans #Spiritualité

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