Ma liberté, c'est toi qui m'a aidée à larguer les amarres

Publié le 12 Mai 2012

Vendredi 11 mai : Voilà, c’est fait. La petite cérémonie d’au-revoir au diocèse. Un beau moment de vraie convivialité, sans masque. Bien sûr, Moustaki et « ma liberté »…. Oui, Mgr a bien senti les choses. C’est mon hymne finalement. Et les collègues tout autour, leur bienveillance et leur sourire.

 

Ce soir, mon village et son « air frais ». Silence de la campagne, au pied de la colline qui me rassure parce qu’elle est immobile. Quand je reviendrai, je la trouverai là, au même endroit, me livrant le parfum enivrant du lilas du jardin, juste fleuri, et le chant malicieux des oiseaux du soir : que peuvent-ils bien se lancer, à travers leurs trilles joyeuses ? Quels adages aériens voyagent ainsi au-dessus de nos préoccupations terrestres ? La chouette s’y met, plus modestement : quelques hululement lui suffisent pour délivrer son message. Le vent fait circuler une fraîcheur bienvenue après ces 48h si soudainement chaudes et moites. Frissons. Enfin, ce sont quelques gouttes qui viennent s’écraser sur mon jean, l’orage n’est peut-être pas loin. Je prie en fumant ma cigarette. Je repense à cette journée à la fois dense et légère, aux visages affables, aux regards qui se cherchent pour dire l’amitié, la joie d’être ensemble encore une fois, une fois ultime en quelque sorte, des regards qui me disent qu’il est bon de m’accompagner. Oui, bien sûr, je vais les regretter toutes ces personnes qui me sont devenues si familières au fil des ans. On ne peut s’empêcher de compter les éventuelles possibilités d’une nouvelle rencontre, d’un « revoir » avant le départ.

 

Car, dans l’absolu, personne ne veut partir, surtout pas celle qui se met en route et veut faire croire qu’elle part fière et détachée… Le départ est une rupture. On a beau dire et clamer poétiquement - ou prosaïquement - qu’il est parfois nécessaire, on a beau le chanter dans nos rengaines, l’inviter dans nos conversations ou le convoquer dans nos rêves les plus fous, on beau le traiter, avec toute la déférence dont on se sent capable, comme un hôte de marque lorsqu’il se présente enfin comme la réalisation d’un désir immense, on a beau vouloir l’apprivoiser, le départ est solitaire et triste. Il sert le cœur, fait gonfler les paupières et ajoute au jour qui lui est consacré une note parfois si dramatique qu’il pourrait paralyser nos meilleures intentions et figer nos actions dans un effroi insoupçonnable.

 

Mais oui, le départ est nécessaire. Que le poète l’écrive en rime ou en prose, que le chanteur le hurle ou le fredonne, que l’ami le comprenne ou le renie, le départ fait grandir autant qu’il fait souffrir. Tout dépend aussi de ce que l’on choisit d’emporter dans ses bagages : bons souvenirs, relations réconciliées, tempêtes apaisées, ou au contraire vent de rancune, souffle d’angoisse, cœur aigri ? Pour ma part, j’ai choisi la première solution. Ça pèse moins lourd à l’aéroport. Pas de taxe à payer à la douane non plus. Et surtout cela délivre celles et ceux qui restent. Il en sera ainsi de la mort : elle doit permettre aux autres de vivre. Je comprends pourquoi le poète a écrit que « partir, c’est mourir un peu ». Pour plus de vie. Pour la vie en abondance. Jamais pour la souffrance qui est un accident de la nature.

 

Christ Jésus, tu es mon horizon et mes racines. Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre ? Que serait cette liberté si elle ne t’était consacrée ? Qu’il me soit fait selon ta Parole. Amen.

Rédigé par Xénia

Publié dans #Journal

Repost 0
Commenter cet article

Jean Lavoué 10/06/2012 10:23


Merci Christelle pour ce très beau texte d'Exode qui laisse passer tant de lumière !!!


Avec amitié


 


Jean

Patrick 12/05/2012 19:28

Oui, c'est vrai que la poésie aide à exprimer ce que l'on ressent au plus profond de soi, à toucher l'autre dans son coeur, dans son âme.

Puisse Zanzibar, par les rencontres que tu y feras, par ses paysages, par son altérité, nourrir ta foi. Merci d'avance, Christelle, pour tout ce que tu pourras nous partager de cela, nous qui ne
partons pas.

Chamard-Bois 12/05/2012 19:00

Bon vent.
Chaque départ nous rapproche de la case départ, celle qui nous fait vivre de la désirer. La naissance d'en-bas est une arrivée au monde. Celle d'en-haut est un départ.
Reste à portée de voix, au-delà des mers.