Petites billes Betsiléo

Publié le 1 Juin 2013

Je viens d’assister à la sortie de l’école primaire de Fandriana. Petites billes couleur caramel ou chocolat (au choix), ces enfants Betsileo, flammèches vivantes, brillants de leurs regards si curieux, insistants, vrais, sans détours. Et leurs salutations joyeuses, des « bonjours » bien appliqués, lancés comme des balles de ping-pong, issus de l’inépuisable trésor de leur persévérance : ils me salueront jusqu’à ce que je me lasse de répondre à leur énième « bonjour », toujours aussi vif et malicieux. Leurs yeux ronds devant mon étrangeté trop claire, leurs rires aussi clairs que ma peau, leurs petits doigts pointés sur mes bras ou mes cheveux (suis-je de la même espèce qu’eux ?) : quelle vie, quelle évidence de la vie, quel appel de la vie ! Ces rencontres-là se passent de toute préparation à l’interculturel, elles sont à vivre dans un instantané qui nous touche en plein cœur – ou non ! Car finalement elles nous toucheront là où nous avons besoin de « déménager » en même temps qu’elles affermiront en nous quelque chose qui est de l’ordre de l’amour (on prend bien soin de ne pas utiliser ce mot que nous disons galvaudé, c’est vrai, mais quand même… l’amour reste bien un moteur et une motivation, non ?)

Petites billes Betsiléo

Madagascar est pour moi un aller sans retour. Non pas que je ne rentrerai pas en France, non. Il s’agit d’un non-retour comme je ne suis jamais revenue de Tchéquie. Ni de Russie. J’habite toujours en Europe centrale. Je parcours sans cesse la steppe kazakhe. Et je vis à Madagascar. J’y vivrai toujours en vivant ailleurs. Quel mystère !

désormais fixée à d’autres rivages
fixée dans un élan

dans le mouvement des grands arbres
qui dansent dans le vent

emportée d’une rizière à l’autre
sur des pistes de poussière

croisant des regards
qui m’étaient inconnus

voici, moi, que je danse
dans ce vent chaud

voici, moi, que je suis façonnée
d’une argile nouvelle

pieds et poings déliés
cœur allégé

par ces voix
ces regards
ces sourires

autant de visages
pour accueillir
l’inconnu
de moi

Rédigé par Xénia

Publié dans #MADAGASCAR

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FX 11/06/2013 08:01

Toujours aussi passionnante à lire, Christelle ! Et que j'aime tes petits poèmes !

Laure 05/06/2013 14:10

Vivre dans plusieurs endroits du monde à la fois... Des petits morceaux de nous et surtout en nous de ce monde, de ces mondes et de toutes ses rencontres et richesses! Je ressens exactement la même chose! Photo splendide! Je t'embrasse!