Merci aux amis

Publié le 15 Avril 2013

Mardi 30 avril – Tana


Comme toujours les livres. Leurs pages comme des visites. Que serais-je sans ces écritures, sans ces mots dans lesquels je descends au fond de moi comme dans un écrin ou, au contraire, j’explore la superficialité si sensuelle de ma vie ? Pas de profondeur sans superficialité, cette dernière étant lieu de vie à défricher, à déchiffrer aussi. Je m’enveloppe de phrases, d’histoires, de poèmes, non pour me protéger : cette enveloppe est une couverture qui gratte, qui fait prier et réfléchir. Je me réfléchis. Mots-mirroir : quel portrait de moi accepterais-je de laisser sourdre à travers ces lignes-source ? Pauvre celui qui n’a pas de mots. Les mots sont du pain.
Je viens de lire Effacement de Dieu, La vie des moines-poètes. J’y ai retrouvé un ami, Gilles Baudry, de Landévennec. J’y ai rencontré mon désir de dire sans dévoiler, d’écrire sans subvertir, d’effleurer sans le blesser le quotidien qui joue Dieu. Partie de cache-cache avec ces étincelles vitales.




C’est à la chaleur ce feu que je relis l’aventure de l’amitié telle qu’elle me fut contée ces jours derniers, par la visite d’Anissa et de Guy. Leurs sourires en chair et en os. Leurs voix en clarinettes joyeuses. Leurs découvertes en interrogations non résolues. La vie n’est pas un problème à résoudre. Nous le savons et n’interrogeons de la route que les empreintes que nous y laissons – ou pas ! Tout l’or que ce pays dépose en nous. Et la poussière qui le recouvre. L’or poussiéreux, trésor plus précieux que celui des Incas. Il ne brille pas au soleil, il est recouvert de la fine pellicule de l’anodin que seul le regard, et la plume, peuvent transformer en pépite royale.




Nous avons sillonné cette étendue qui nous tendait les bras. Du Grand Sud aux Hauts Plateaux. Ce fut droit puis tortueux, ensoleillé puis pluvieux. Ce furent zébus (parfois amphibie comme à Tuléar…), caméléons toujours discrets (c’est leur raison d’être), criquets en nuages (quelle plaine venaient-ils de dévorer ?), moustiques invisibles mais efficaces, poissons multicolores et succulents. Ce furent eaux et roches, bois et herbes, fleurs et riz. Tout cela en déclinaisons invraisemblables : couleurs, formes, toucher, appel. Nous nous sommes mués en caravane exploratrice, embarqués dans notre petit 4x4 Nissan Terrano, nouvelle arche de l’an 2013. Au fur et à mesure que l’espace s’agrandissait, s’élargissait autour de nous, nous rétrécissions, comme un effet de vases communicants. Si l’espace se dilate, notre corps, mystérieusement, se rétracte. Nous devenions tout petits devant l’immense. Happés par cette terre aux sons envoûtants, nous avancions sûrs de nous, de l’amitié qui nous lie, qui nous lit aussi ! Ah ! Le cœur ami et sa page écrite exprès pour nous !



Puis il m’a fallu me re-poser : deux jours de sommeil en demi-teinte, à la fois éveillée à la poésie de ce qui venait de se passer et le corps encore tendu par la conduite. Offrir ce corps au sommeil. Fermer les yeux sur l’a-venir et présentement dormir, ronfler en chœur avec les anges, laisser en soi s’écrire le livre de l’amitié renouvelée par cette visitation incandescente.


Merci aux amis Anissa et Guy, anges de la rencontre qui se dévoilèrent dans la torpeur d’un jour comme les autres – et cependant pas tout à fait ! À Adélaïde de Tuléar qui a si bien su faire pétiller le moment de la rencontre par sa vie débordante et son espoir sans appel ! Bonne route à elle qui quitte cette terre ferme pour une autre qui la raffermira.




Je pense à d’autres amis qui, dans le même temps, vivaient une autre Visitation en Turquie. Leurs mots reçus par mail disent pudiquement, dans la narration du quotidien, l’étonnement accueillant de l’étrangeté, le partage difficile lorsque la langue fait barrage, le brouhaha des villes emplies à ras bord de gens et de bruits, de couleurs et d’odeurs nouvelles : tout ce que cela suscite lorsque la vie familiale est concernée de si près par cette culture encore inconnue. Les détours imprévisibles de nos routes nous remettent paradoxalement sur le droit chemin ! C’est la leçon des Rois Mages…

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Rédigé par Xénia

Publié dans #Journal

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Anissa 30/04/2013 22:44

Quelle plume !
Pour nous aussi cette visitation restera comme temps de grâce et de "déroute". Nous avons quitté notre quotidien pour nous laisser rejoindre et interpeler dans ce que nous avons de plus profond : notre humanité et notre regard sur l'homme. Je garde de Guy cette réflexion "ce sont des hommes eux aussi !" Quelle vie ! Quelle vie ? C'est toujours la même question qui nous revient, comme à Lourdes avec les malades : "Qu'est-ce qu'une vie d'homme ?" "Quel est le fondement de l'humanité ?" Et ces hommes-là nous révèlent en filigrane une part du mystère qui nous échappe. Profondeur qu'une vie ne suffit pas à creuser, à visiter. Appel au voyage, à la rencontre de l'autre dans son altérité.
Merci pour la joie de la rencontre. Velumo !
Anissa