Février : du pain sur la planche !

Publié le 6 Février 2013

Février s’avance, et avec lui ses coups de vent, ses pluies, ses cyclones… Je suis à Tananarive depuis fin janvier : nous passons du chaud au froid – je ne peux pas dire que cela ne me fait ni chaud ni froid… mon organisme s’habitue peu à peu à ces mutations soudaines, mais au prix de quelques petites fatigues, passagères heureusement… - bref, la saison des pluies bat son plein sur les Hauts Plateaux et les fruits succulents, de toutes formes et de toutes les couleurs nous invitent à faire le plein de vitamines. Après les mangues et les litchis (quel délice !), voici venue la saison des kakis avec leur belle robe orangée et leur pulpe savoureuse. Quand aux ananas et aux bananes, c’est la saison toute l’année. Je ne m’en lasse pas !

 

Mais je ne suis pas là pour une dégustation, aussi vitaminée soit-elle !

Pour vous donner une petite idée, voici un aperçu de mon programme pour les semaines qui viennent :

  • du 28 janvier au 1er février : français avec les novices à Tana (cf. ci-dessous)
  • du 7 au 14 février : rencontre avec les profs à Antsirabe
  • du 18 au 22 : session de français pour les enseignants de l’école de Fandriana
  • 23 et 24 février, week-end avec quelques coopérants dans « ma cambrousse », à Sahambavy : nous allons animer une partie de la messe en français.
  • 2 et 3 mars, session avec tous les volontaires DCC de l’île (une quinzaine au total) à Fianarantsoa. Visite de France de nos chargés de mission.
  • 8 et 9 mars : session de français pour les 60 professeurs du district de Fandrandava… (cf. article de janvier à ce sujet).
  • À partir du 18 mars, retour à Tana : le 23, journée pédagogique avec les sœurs enseignantes ; puis du 25 au 27, français intensif pour les enseignants des écoles des sœurs, soit environ 35 personnes.

 

Ce programme bien chargé m’oblige à de nombreux déplacements, mais ça fait partie du jeu ! Au moins, je ne peux craindre l’immobilisme… Mais la question des transports étant ce qu’elle est ici (c’est-à-dire insurmontable), cela demande pas mal d’énergie. Voiture commune avec les sœurs ou taxi-brousse, quel que soit le moyen utilisé, il faut quand même 3h30 pour relier Tana à Antsirabe (environ 150 km), puis plus de 7h d’Antsirabe à Fianarantsoa (un peu plus de 200 km). Rouler, ici, c’est toute une histoire ! D’Ambositra à Fianarantsoa, on slalome entre les nids de poules (quand ce ne sont pas des cratères…) La route est par endroit si abîmée qu’on doit s’arrêter afin de choisir le meilleur passage, sur la bas-côté.

 

La semaine dernière j’ai donc animé une session de français pour les novices de la communauté. Au total 10 jeunes motivées et malicieuses que rien n’arrête, surtout pas la prononciation parfois difficile de la langue de Molière ! À l’aide d’un photolangage, puis de contes malgaches traduits en français, et enfin d’un chant méditatif (religieux), nous avons déjoué les pièges phonétiques des couples cousin-cuisine / sage-chasse/ j’étais-j’ai été, etc.  Tout est bon aussi pour réviser la méchante conjugaison : c’est difficile ! Il faut dire que les verbes malgaches ne se conjuguent pas, ils sont toujours employés à l’infinitif, d’où la difficulté de les apprendre et de les utiliser sans faute. Quant aux prépositions, n’en parlons pas ! Tous ces petits mots si précis qui ponctuent notre langage se mélangent joyeusement dans les têtes savantes. Mais à force de patience et de répétition, on acquiert quelques réflexes.

 Novices-copie-1.JPG

Les novices à l’œuvre…


Des publics et des situations variés

Outre ces sessions, il me faut aussi du temps pour les préparer, en fonction des publics, très variés. Les enseignants du district de Fandrandava parlent à peine français, il faut tout reprendre depuis le début, à 60, sans aucun matériel pédagogique, sauf les photocopies que j’aurai faites en ville avant de venir en brousse (ne pas oublier les photocopies !) J’apporterai aussi quelques échantillons de livres pour enfants : c’est ma fameuse « bibliothèque volante », sans ailes, mais sur 4x4, avec le curé ou le diacre comme chauffeur…

 

Pour la session de fin mars à Tana, nous pourrons louer un vidéoprojecteur : le luxe ! Je compte travailler un après-midi sur le beau film documentaire « Être et avoir » qui donne un petit aperçu d’une classe unique en campagne française. Ici, ces classes sont appelées « multigrades » et elles ne comptent pas 15 enfants mais au moins 60 pour un seul enseignant. Donc la comparaison est vaine.

 

À Fandriana, pas d’électricité, le problème est réglé ! Les locaux, par contre sont flambants neuf et pas de surcharge dans les classes : un confort relatif qui permet aux enseignants de travailler dans de bonnes conditions lorsque l’on compare à la brousse.

 

Les bibliothèques pour enfant : ça avance !

En attendant, je prépare mes sessions, mais pas seulement…

livres-biblio.JPGHier, le 7 février, j’ai passé ma journée en ville afin d’acheter quelques livres, grâce à vos dons ! – au marché aux livres. J’ai trouvé quelques magasines pour enfants avec CD, quelle joie ! Les enfants pourront écouter des histoires avec l’accent français et les enseignants s’habituer à la prononciation correcte. Le marché aux livres, ce sont des pavillons serrés les uns contre les autres, au milieu desquels on trouve des coiffeurs, des vendeurs de Tee-shirts, des réparateurs d’électro-ménager. Côté livres, tous les fonds de tiroir de nos anciennes bibliothèques sont là : Hugo, Stendhal, Racine côtoient Musso, Lévy, et policiers de tous genres. Certains pavillons sont spécialisés dans les manuels scolaires et je peux y trouver la grammaire avec laquelle j’ai appris le français en 4e par exemple… D’autres vendent nos vieux Paris-Match, Gala, etc., tout ce qu’on trouve dans les salles d’attente de nos chers dentistes par exemple, sauf que les nouvelles datent d’il y a quelques années… Enfin, dans tout ce bric-à-brac poussiéreux, il y a les spécialistes de la littérature enfantine et là on trouve quelques petites merveilles si on cherche bien. Mais, comme d’habitude, il faut prendre son temps et surtout marchander, tergiverser, hésiter, finalement acheter. Quelle expédition ! Au bout du compte, mon joli panier presque neuf a craqué et je me suis retrouvée à porter mes précieux achats sous le bras. Mais on n’a rien sans rien.

 

Mbola et Hery, ATD Quart-Monde, réalistes et optimistes

Après ces emplettes pédagogiques, j’avais rendez-vous avec Mbola, membre active d’ATD Quart-Monde ici à Tana. Cette jeune malgache très impliquée dans le mouvement –  elle est volontaire permanente – a passé plus de trois au Burkina Faso avant d’intégrer l’équipe de la capitale malgache. Elle anime entre autres des ateliers bibliothèque de rue dans un des nombreux quartiers pauvres de Tananarive, à côté d’une décharge sur laquelle vivent quelques familles. Une belle rencontre qui en promet de nouvelles : il est convenu que j’aille animer avec elle un de ces ateliers lors d’un prochain passage. Elle était accompagné du jeune Héry (je dirais environ 25 ans), qui parle un français impeccable (merci la radio et la TV). Après une formation dans la communication dans le domaine de l’audio-visuel, il n’a pu trouver de travail correspondant à ses compétences. On lui a offert une place d’enseignant de français dans un lycée technique en brousse, au le nord du pays : il y accède après une nuit de route en taxi brousse + 120 kms en pirogue pour traverser un fleuve… si ce n’est pas de la motivation, ça, alors je ne sais pas comment l’appeler ! Il gagne 70000 ariarys (soit 26 euros) … tous les trois mois !!! Le reste du temps, il reçoit, comme beaucoup d’enseignants dans ce pays, sa paye en nature : du riz, du poisson, des cacahuètes… Quand on dit qu’on gagne des cacahuètes, eh bien pour certains c’est vrai ! Et il a le moral. Et il ne désespère de rien. Là, je me dis que j’ai encore beaucoup, beaucoup à apprendre en matière d’espérance.

 

Écrire et éditer des livres pour apprendre le français ?

Avec Mbola et Hery, nous avons bien sûr parlé de la situation du pays et surtout du système éducatif. Je leur ai confié mon « rêve » : publier des histoires, en formule  bilingue malgache-français, accompagnées de fiches pédagogiques pour soutenir l’enseignement du français. J’aimerais écrire et faire écrire des histoires, les faire traduire et travailler avec des illustrateurs (il faut des images pour les Malgaches !) : ce rêve est-il réalisable ? Mbola et Hery, à la fois réalistes et optimistes, m’assurent que oui. « Il faut tenter le coup avec un petit livre d’abord et le proposer directement au Ministère de l’éducation. On connaît tous du monde qui connaît du monde et au final quelqu’un qui pourra faire avancer le projet… » Je dois reconnaître que je reste sceptique, mais que je suis décidée à écrire une première histoire, juste pour voir ce qu’on peut en faire. Car le problème, ce n’est pas tant l’écriture, la traduction, l’impression, mais c’est la distribution. Le réseau est très faible. En-dehors des quelques librairies du centre de Tana, comment faire parvenir des livres en brousse ? Déjà à Antsirabe, seconde ville du pays, on ne trouve plus rien (à part la librairie Saint-Paul, très chère et surtout religieuse, avec un peu de pédagogie aussi).

C’est donc un projet que je vais tenter de faire avancer avec Mbola et son réseau.

 

Voilà les dernières nouvelles malgaches : ça bouge, ça bouge lentement mais ne désespérons pas de voir un jour fleurir quelques petites fleurs à l’endroit où les gouttes d’eau de nos actions visibles et invisibles auront été versées !

Rédigé par Xénia

Publié dans #MADAGASCAR

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